PsyOps et opérations spéciales

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PsyOps et opérations spéciales

Message  Non2 le Ven 14 Oct - 15:04

14 octobre 2011
L’opération d’espionnage des Etats-Unis pour manipuler les réseaux sociaux sur Internet
(The Guardian)
Nick Fielding, Ian Cobain

Un logiciel militaire crée de fausses identités pour diffuser de la propagande pro-américaine. Un article du Guardian de Mars 2011 et que le site Project Censored nous rappelle...

L’armée américaine est en train de développer un logiciel qui permettra de manipuler discrètement les médias sociaux par la création de faux profils afin d’influencer les conversations sur Internet et diffuser de la propagande pro-américaine.

Une société californienne s’est vu attribuer un contrat par le Commandement Central (CentCom) des Etats-Unis, qui supervise les opérations militaires au Moyen Orient et en Asie Centrale, pour le développement d’un service décrit comme « un service de gestion de profils en ligne » qui permettra à un employé de l’armée de contrôler jusqu’à 10 identités différentes situées partout dans le monde.

Selon des experts de l’Internet, le projet a été comparé aux tentatives de la Chine de contrôler et limiter la liberté d’expression sur Internet. Les critiques affirment qu’il permettra aux militaires US de créer un faux consensus dans les conversations en-ligne, de noyer les opinions indésirables et d’étouffer les commentaires ou articles qui ne correspondent pas à leurs propres objectifs.

La découverte que l’armée américaine est en train de développer des faux profils – connus par les usagers des médias sociaux comme des « faux-nez » (sock puppet ou sockpuppet en anglais – traduction proposée par Wikipedia ici http://fr.wikipedia.org/wiki/Faux-nez – NdT) – pourrait par ailleurs encourager d’autres gouvernements, sociétés privées ou organisations non-gouvernementales à faire de même.

Le contrat de CentCom stipule que chaque faux profil devra présenter un CV, un historique et des détails convaincants et que jusqu’à 50 contrôleurs devront être capables de gérer des fausses identités depuis leurs postes de travail basés aux Etats-Unis « sans risque d’être découverts par des adversaires sophistiqués ».

Le porte-parole de CentCom, le commandant Bill Speaks, a dit « cette technologie permet de mener des activités de blogueurs secrètes sur des sites en langues étrangères pour permettre à CentCom de contrer la propagande extrémiste violente de l’ennemi à l’extérieur des Etats-Unis. »

Il a dit qu’aucune des interventions ne s’effectuerait en anglais, car il serait illégal « de s’adresser à un public états-unien » avec une telle technologie, et que toute intervention en anglais dans un média social par CentCom serait toujours clairement identifiée comme telle. Les interventions seraient effectuées notamment en Arabe, Farsi, Ourdou et Pashtoune.

Centcom a affirmé que n’étaient pas concernés les sites basés aux Etats-Unis, de langue anglaise ou toute autre langue, et a spécifiquement affirmé que les réseaux Facebook et Twitter n’étaient pas visés. (nous voilà rassurés – remarque perfide du traducteur)

Une fois développé, le logiciel permettrait à des employés militaires US, travaillant 24/24h depuis leur poste de travail, de réagir à l’apparition de messages coordonnées publiés dans des blogs, forums et autres lieux d’échanges. Les détails du contrat laissent entendre que les postes seraient basés sur la base aérienne de MacDill prés de Tampa, Floride, et siège du Commandement des Opérations Spéciales des Etats-Unis.

Le contrat exige que chaque contrôleur se voie attribuer un « serveur privé virtuel » situé aux Etats-Unis et d’autres qui paraîtraient situés en dehors des Etats-Unis pour donner l’impression que les faux-nez seraient de véritables personnes localisées dans différentes parties du monde.

Le contrat exige aussi un « brouillage de trafic », qui intègre l’activité du contrôleur avec celui de gens extérieurs à CentCom de manière à offrir « une excellente couverture et un fort pouvoir de démenti. »

Le contrat sur les multiples profils aurait été attribué dans la cadre d’une opération appelée Operation Earnest Voice (OEV) (Opération Voix Sincère), qui a été développé à l’origine en Irak comme une arme de guerre psychologique contre la présence sur Internet de partisans d’Al Qaeda et d’autres unis contre les forces de la coalition (terme qui désigne les forces d’invasion de l’Irak – NdT). Depuis, OEV se serait développé en un programme de 200 millions de dollars et aurait été employé contre les djihadistes au Pakistan, Afghanistan et au Moyen orient.

OEV est perçu par le haut commandement militaire US comme un programme vital de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Devant la commission des forces armées du Sénat américain l’année dernière, le Général David Petraeus, alors commandant du CentCom, a décrit l’opération comme un effort visant à « contrer l’idéologie et la propagande extrémisteet à garantir que des voix crédibles soient entendues dans la région. » Il a dit que l’objectif de l’armée US était d’être « les champions de la vérité ».

Le successeur de Petraeus, le Général James Mattis, a déclaré devant la même commission que OEV « soutient toutes les activités visant à contrer le discours de l’ennemi, y compris par des capacités d’intervention sur le Web et la distribution de produits internet ».

Centom a confirmé que le contrat de 2,76 millions de dollars a été accordé à Ntrepid, une société créée récemment à Los Angeles. Centcom a refusé de dire si le projet de multiples faux profils était déjà opérationnel ou de parler de toute autre contrat en relation.

Personne n’était disponible pour faire un commentaire chez Ntrepid.

Dans son rapport à la commission du Sénat, le général Mattis a dit : « OEV cherche à perturber le recrutement et la formation des kamikazes ; à empêcher des sanctuaires à nos adversaires ; à contrer la propagande et idéologie extrémiste. » Il a ajouté que CentCom travaillait « avec nos partenaires de la coalition » pour développer de nouvelles techniques et tactiques que les Etats-Unis pourraient utiliser « pour contrer l’adversaire dans le domaine internet ».

Selon un rapport de l’Inspecteur Général du Département de la Défenseen Irak (« cour des comptes » - NdT) OEV était gérée par les forces multinationales plutôt que par CentCom.

A la question posée sur l’implication éventuelle de l’armée britannique dans OEV, le ministère de la défense britannique a répondu qu’il n’avait trouvé « aucun élément » qui puisse le confirmer. (nous voilà rassurés – remarque perfide du traducteur) Le Ministère de la défense a refusé de dire s’il a été impliqué dans le développement de ce programme, en déclarant : « Nous ne commentons pas nos cyber capacités ».

OEV fut abordée l’année dernière lors d’un rassemblement de spécialistes en guerre électronique à Washington DC, où un officier supérieur de CentCom a déclaré aux délégués que son objectif était de « communiquer des messages essentiels et de contrer la propagande de nos ennemis. »

La gestion de faux profils par l’armée US pourrait se heurter à des problèmes juridiques si elle devait être employée contre des citoyens états-uniens où nombre de personnes qui se sont livrées à des opérations sous faux-nez ont été mises en accusation.

L’année dernière, un avocat de New York qui se faisait passer pour un universitaire fut condamné à une peine de prison pour « usurpation d’identité ».

Il n’est pas clair si cette opération viole la loi britannique. Des experts juridiques disent qu’elle violerait la loi Forgery and Counterfeiting Act (Faux et Contrefaçon) de 1981, qui précise qie « une personne se rend coupable de faux par la création d’un faux instrument dans l’intention de l’employer pour induire quelqu’un à le considérer comme authentique, et par ce biais d’amener la personne à accomplir ou ne pas accomplir un acte afin de porter préjudice à elle-même ou à une tierce personne. » Mais ceci ne s’appliquerait que s’il pouvait être prouvé que le site internet ou le réseau social avait souffert d’un « préjudice ».

Nick Fielding et Ian Cobain

17 mars 2011

Cet article a été modifié le 18 mars 2011 pour retirer des références à Facebook et Twitter, insérées lors de la publication initiale et pour ajouter un commentaire de CentCom reçu après publication et qui précise que ces sites ne sont pas visés.

SOURCE : http://www.guardian.co.uk/technology/2011/mar/17/us-spy-operation-social-networks
http://www.legrandsoir.info/l-operation-d-espionnage-des-etats-unis-pour-manipuler-les-reseaux-sociaux-sur-internet-the-guardian.html

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Re: PsyOps et opérations spéciales

Message  Loatse le Sam 15 Oct - 1:36

J'avions survolé cette info hier soir sans trop m'y arrêter (j'aurions dû, tu as bien fait non 2 de le poster là) Cela fait un moment que ce genre de tactique est utilisée je pense, que ce soit par des firmes ou des états... Il n'y a qu'à voir sur les fils "dérangeants" dans pas mal de médias, les intervenants chelous (qui sortent de nulle part donc inscrits pour l'occasion) qui tentent de discréditer l'auteur et le sujet...

Que cela s'étende aux réseaux sociaux est plus embêtant mais pas pour le citoyen lambda, sauf si la définition du mot "terr.o.£/rist@" est élargie et s'applique à tout mouvement tentant de s'insurger contre des actions politiciennes peu conformes avec la démocratie... scratch

Parait qu'il y a des mots clefs déclencheurs de surveillance... sauf que certains comme celui là : s'applique couramment pour désigner une fille canon..... :P (ca doit saturer grave chez big brother)



Sauf dérives, je trouve tout de même cela rassurant qu'internet puisse être surveillé car je n'oublie pas que cette surveillance a permis d'éviter un bon nombre d'attentat terroristes à la fois sur le territoire américain et sur notre sol....

mais faudrait pas qu'on nous empêche de nous exprimer librement non plus.... bordu !


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Re: PsyOps et opérations spéciales

Message  Non2 le Lun 17 Oct - 5:17

Dans un registre plus jamesbondien, les psyops peuvent abattre une personne simplement pour en discréditer une autre. Vous souvenez-vous d'Anna Politkovskaïa, la "journaliste dissidente russe" qui avait été assassinée le 7 octobre 2006 à Moscou ?

La presse "internationale" (occidentale) avait de suite accusé les services de Poutine de l'assassinat, et dans un premier temps la police s'est également penchée sur cette piste. Sans succès. Mais l'enquête a repris, et ses assassins ont été découverts. Pas du tout ceux désignés de prime abord.

"Journaliste dissidente russe", une expression à bien décortiquer. Journaliste de par son métier, opposante à la politique de Poutine plutôt que dissidente, mais pas russe. Elle avait fait une partie de ses études en Russie, elle y travaillait, oui, mais elle était étasunienne.

Munie d’un diplôme d’une école de journalisme de Moscou, elle travaillait depuis 1999 pour le média russe : Novaïa Gazeta (La Nouvelle Gazette). Un trihebdomadaire avec son site, en russe et en anglais, dont le capital est détenu à 49 % par l'ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchevet le milliardaire russe, ancien député de la Douma, Alexandre Lebedev. Les 51 % restants ? Mystère.

Les deux mêmes compères ont fondé, en septembre 2008, un parti microscopique à l’échelle de la Russie, copié-collé du fanatisme idéologique des milliardaires néoconservateurs US, joyeusement pro-atlantiste et bruyamment ultralibéral (“tout privatiser”, sous-entendu brader aux groupes étrangers, & bla-bla…) : le « Parti démocratique indépendant de Russie ».
Plus besoin de présenter Mikhaïl Gorbatchev, l'homme qui avait vendu son pays aux mafias. Alexandre Lebedev, lui, avait construit sa fortune grâce à la corruption des gouvernements de Gorbatchev et d'Eltsine. Il joue le rôle de dissident en chef pour le compte des multinationales et est connu comme grand défenseur de la liberté et de la démocratie, rôle dont il n'hésite pas à prouver qu'il lui tient à cœur lorsqu'on le contredit (Lebedev est l'homme en costume gris clair) :



Anna Politkovskaïa, intégrée dans ce milieu, était en relation avec l'ensemble des lobbies d'extrême-droite US et russe, ceux de l'armement et de l'énergie. Poutine étant celui qui avait mis fin à la privatisation sauvage de la Russie semblait donc le commanditaire probable de ce meurtre politique.

Ce meurtre a eu lieu le jour de l'anniversaire de Poutine et juste avant son voyage officiel en Allemagne. Au sommet de sa popularité, quel intérêt avait-il à faire tuer une journaliste relativement insignifiante ? Nos médias, si rapides à accuser Poutine à l'époque, ne disent mot sur les conclusions de l'enquête : les silences des médias peuvent être aussi manipulateurs que leurs cris d'orfraie.

Le 3 septembre 2011, le lieutenant colonel à la retraite Dmitry Pavlyuchenkov est passé aux aveux en tant qu'organisateur de l'assassinat. Il était un des plus hauts responsables de la police de Moscou. Il était aussi un des principaux responsables du dossier sur le meurtre d’Anna Politkovskaïa !

L’exécuteur, celui qui a tiré sur la victime, est Rustam Makhmudov. Il s’était caché en Belgique pendant 5 ans. C’est grâce aux repérages, aux renseignements, et à la traque de la police belge, en liaison avec la police russe, qu’il a pu être arrêté dès sa tentative de retourner dans la Fédération de Russie.

Le responsable du commando est un chef de clan mafieux, un des parrains du milieu de Moscou, Lom-Ali Gaitukaev. Actuellement emprisonné pour un autre meurtre, avec une peine d’une durée de 15 ans. Il était assisté sur "le terrain" par des tueurs professionnels du milieu de la criminalité moscovite : Rustam Makhmudov, un frère et un cousin de ce dernier.

Formidable première étape. L’important, à présent, étant de remonter aux commanditaires.

Avec prudence, mais certitude, l’un d’eux est quasi-officiellement connu depuis le 16 septembre 2011. Et, dans son ombre : les véritables donneurs d’ordre. Lom-Ali Gaitukaev avait mis au point les modalités financières et la programmation, en Ukraine, avec le “cerveau” de l’opération. C’est au cours de cette réunion que lui fut donné l’ordre, parmi ses instructions, “d’exécuter le contrat” le jour de l’anniversaire de Poutine… Négociant avec une personnalité qui ne peut pas mettre les pieds dans la Fédération de Russie. Il serait immédiatement arrêté.

Il s’agit de Boris Berezovsky.
Berezovsky aussi a fait fortune dans les prévarications de l'ère Eltsine, mais il est réfugié à Londres suite à deux mandats d'arrêt internationaux lancés contre lui par la Russie et par le Brésil. Il porte aussi la casquette de dissident, et appelle à la révolution en Russie, qu'il souhaite sanglante ...

Mais pourquoi Anna Politkovskaïa a-t'elle été tuée par ceux dont elle était chargée de faire la propagande ? On peut supposer qu'elle n'a été qu'un pion sacrifié sur l'échiquier des intérêts financiers, juste pour tenter de discréditer Poutine en faveur des "tenants de la justice et de la démocratie" ... pale

Source : http://stanechy.over-blog.com/article-russie-rififi-chez-les-dissidents-86282147.html

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Re: PsyOps et opérations spéciales

Message  Non2 le Jeu 9 Aoû - 0:31

Delenda Carthago !
Ou quand les manipulateurs croient leurs propres manipulations ...

Les dirigeants occidentaux retombent en enfance
par Thierry Meyssan, le 8 août 2012

Le slogan « Bachar doit partir ! » était destiné à être scandé par des foules manifestant à Damas et Alep. A défaut de telles manifestations, il est repris à leur compte par les leaders occidentaux bien qu’il ne ressorte pas du registre classique de la diplomatie. Pourquoi ?


Hillary Clinton manifeste avec son cabinet au département d’Etat : « Bashar al-Assad must go !
»
En 1985, un chercheur en sciences sociales, Gene Sharp, publiait une étude commandée par l’OTAN sur la manière de Rendre l’Europe impossible à conquérir. Il faisait remarquer qu’en définitive un gouvernement n’existe que parce que les gens acceptent de lui obéir. Jamais l’URSS ne pourrait contrôler l’Europe occidentale si les populations refusaient d’obéir à des gouvernements communistes.

Quelques années plus tard, en 1989, Sharp était chargé par la CIA d’expérimenter en Chine une application pratique de ses recherches théoriques. Les États-Unis voulaient renverser Deng Xiaoping au profit de Zhao Ziyang. L’idée était de légitimer un coup d’État en organisant des manifestations de rue, un peu à la manière dont la CIA avait donné une apparence populaire au renversement de Mohammad Mossadegh en payant des manifestants à Téhéran (Opération Ajax, 1953). La nouveauté, c’est que Gene Sharp devait s’appuyer sur une association de jeunes pro-Zhao et pro-US pour travestir le coup d’État en révolution. Mais Deng fit arrêter Sharp sur la place Tienanmen et le fit expulser. Le coup échoua, non sans que la CIA pousse les jeunes à une vaine attaque afin que la répression discrédite Deng. L’échec de l’opération a été imputée aux difficultés rencontrées pour mobiliser les jeunes militants dans la direction voulue.

Depuis les travaux du sociologue français Gustave Le Bon à la fin du XIXème siècle, on sait que les adultes, lorsqu’ils réagissent à une émotion collective, se comportent comme des enfants. Ils deviennent influençables à la suggestion d’un meneur qui incarne pour eux durant un instant la figure paternelle. En 1990, Sharp se rapprocha du colonel Reuven Gal qui était alors psychologue en chef de l’Armée israélienne (il devint plus tard conseiller adjoint de sécurité nationale d’Ariel Sharon et dirige aujourd’hui les opérations de manipulation des jeunes israéliens non-juifs). Mixant les découvertes de Le Bon et de Sigmund Freud, Gal arriva à la conclusion qu’il est possible d’exploiter le « complexe d’Oedipe » chez des adolescents, pour manipuler une foule de jeunes contre un chef d’État, figure symbolique du Père.

Sur cette base, Sharp et Gal concurrent des programmes de formation de jeunes militants en vue de l’organisation de coups d’État. Après quelques réussites en Russie et dans les pays baltes, c’est en 1998 que Gene Sharp finalisa la méthode des « révolutions colorées » avec le renversement du président serbe Slobodan Milosevic.

Après que le président Hugo Chavez eût fait échouer un coup d’État au Venezuela en s’appuyant sur une de mes enquêtes révélant le rôle et la méthode de Gene Sharp, celui-ci a suspendu les activités de l’Institut Albert Einstein qui lui servait de couverture et a créé de nouvelles structures (le CANVAS à Belgrade, l’Académie du changement à Londres, Vienne et Doha). On a vu celles-ci à l’œuvre un peu partout dans le monde, notamment au Liban (révolution du cèdre), en Iran (révolution verte), en Tunisie (révolution du jasmin) et en Égypte (révolution du lotus). Le principe est simple : exacerber toutes les frustrations, rendre l’autorité politique responsable de tous les problèmes, manipuler des jeunes selon le scénario freudien du « meurtre du père », organiser un coup d’État, et faire croire que le gouvernement vient d’être renversé par la rue.

L’opinion publique internationale a facilement avalé ces mises en scènes. Premièrement parce qu’il y a confusion entre foule et peuple. Ainsi, la « révolution du lotus » s’est limitée à un show sur la place Tahrir du Caire, mobilisant quelques dizaines de milliers de personnes, alors que la quasi-totalité du peuple égyptien s’abstenait de participer aux événements. Deuxièmement, il y a confusion autour du mot « révolution ». Une authentique révolution est un bouleversement des structures sociales qui s’opère sur plusieurs années, tandis qu’une « révolution colorée » n’est qu’un changement de régime qui s’effectue en quelques semaines. L’autre nom d’un changement forcé d’équipe dirigeante sans transformation sociale, c’est « coup d’Etat ». Pour poursuivre avec l’exemple égyptien, ce n’est aucunement le peuple qui a poussé Hosni Moubarak à démissionner, mais l’ambassadeur US Frank Wisner qui lui en a donné l’ordre.

Le slogan des « révolutions colorées » ressort d’un registre infantile. Il faut renverser le chef d’État sans se préoccuper de ce qui va suivre. Ne posez pas de questions sur votre avenir, Washington se charge de tout pour vous. Lorsque les gens se réveillent, il est trop tard, le gouvernement est usurpé par des individus qu’ils n’ont pas choisis, cela faisait partie du pack. Au départ, on hurle donc « Chevardnaze Assez ! » ou « Ben Ali dégage ! ». Une variante policée vient d’être lancée par la 3e conférence des « Amis » de la Syrie (Paris, 6 juillet) : « Bachar doit partir ! ».

Il y a là une étrange anomalie. La CIA n’ayant pas trouvé de groupes de jeunes Syriens pour scander ce slogan dans les rues de Damas et d’Alep, c’est à Barack Obama, François Hollande, David Cameron et autres Angela Merkel de le répéter en chœur depuis leurs palais officiels respectifs. Washington et ses alliés tentent d’appliquer les méthodes de Gene Sharp à la « communauté internationale ». C’est un étrange pari de penser manipuler les chancelleries avec autant de facilité que des bandes de jeunes. Pour le moment, le résultat est simplement ridicule : les dirigeants des puissances coloniales trépignent comme des enfants frustrés devant un objet dont des adultes russe et chinois les ont privés, en rabâchant encore et toujours « Bachar doit partir ! ».

Thierry Meyssan

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