La Belgique qui pue ...

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La Belgique qui pue ...

Message  Non2 le Lun 15 Nov - 11:50

Tout d'abord, il s'agit ici de remettre ensemble toute une série d'affaires dont certaines remontent très loin dans l'histoire, rétablir la continuité des événements par les faits, les personnages et leurs milieux pour comprendre que finalement, c'est le pays lui-même qui disfonctionne, et pourquoi chaque fin d'affaire est le commencement d'une autre, qui éclatera plus tard.

J'ai choisi deux textes qui rendent compte assez précisément des faits, bien que leur parution ait une autre origine, parce qu'ils donnent une bonne idée d'ensemble sans trop entrer dans les détails. Il y a d'abord la traduction d'un article du journal "De Morgen", puis un article paru sur le site "Alternative libertaire".

Pour que l'on puisse s'y retrouver, voici d'abord quelques précisions sur les personnages peu connus des Français, des endroits et autres noms et sigles dont on parle dans les articles qui suivent (± dans l'ordre où ils apparaissent). Tous ne sont pas impliqués dans des monstruosités et tous ceux qui ont été impliqués ne sont pas forcément des coupables ou des responsable de ce qui est arrivé, mais souvent témoins ou simples détenteurs d'informations qui se sont révélées utiles.

BSR : Brigade Spéciale de Recherches : ancienne brigade de choc de la gendarmerie belge. Depuis lors, la gendarmerie a d'abord été démilitarisée, puis a disparu. En fait, la police et la gendarmerie ont été intégrées l'une à l'autre, et forment actuellement la police fédérale et les polices locales (communales).

Delphine Boël : fille illégitime supposée du roi Albert II de Belgique. Elle est une artiste qui n'a de rapport avec l'histoire que par son apparition médiatique pendant les faits.

Canaris : l'amiral Wilhelm Canaris était le chef des services de sécurité de l'armée allemande pendant l'occupation. Décédé.

Léopold III : roi des Belges de 1934 à 1951. Son épouse, la reine Astrid, était très appréciée, mais elle est décédée en 1935. Au début de la 2e guerre mondiale, on a cru qu'il était prisonnier des Allemands, et était soutenu par la population, pour cet exil et pour le souvenir de son père Albert Ier. Mais quand on a appris son mariage en pleine guerre (11 septembre 1941) en Autriche avec Lilian Baels, il a été discrédité. Tout ça a donné lieu à la question royale, jusqu'à son abdication en 1951, lorsqu'il a tenté de revenir en Belgique, provoquant ainsi des émeutes dans tout le pays. Décédé.

Princesse Lilian : Lilian Baels, deuxième épouse du roi Léopold II est connue sous le titre de princesse de Réthy. Décédée ?

Docteur Pinon (André) : psychiatre, mari trompé qui a enquêté sur les participations de son épouse à des partouzes, ce qui a déclenché l'enquête judiciaire et policière sur les ballets roses. Il n'a rien à voir, je pense, avec le docteur Gérard Pinon qui intervient dans l'affaire Weinstein/Dutroux.

Nihoul : Michel Nihoul, homme d'affaire et escroc impliqué dans plusieurs volets de l'affaire Dutroux. Il a été acquitté par la justice pour le premier volet de l'enquête mais était resté inculpé dans le deuxième volet, toujours en cours pour autant que je sache (pas sûr).

VDB : Paul Vanden Boeynants, homme d'affaires, membre du PSC/CVP (parti chrétien), le plus gros boucher de Belgique (fournisseur de l'armée), surnommé "le crocodile", plusieurs fois ministre dont deux fois premier ministre. Ami personnel de Reagan, de Tatcher et de Pinochet, ancien sympathisant de Rex (parti nazi belge des année '30 à 1945) et de son fondateur Léon Degrelle. Essentiellement connu pour avoir trempé dans des affaires de fraude fiscale, dans les ballets roses, dans les réseaux de "stay-behind" (lutte secrète anti-syndicale et anti-communiste, attentats en false-flag, etc.) en Belgique et en Europe, et pour avoir été enlevé par Patrick Hammers puis libéré contre rançon (probable mise en scène). Décédé.

Le prince Albert : connu à l'époque comme prince de Liège, il est aujourd'hui roi des Belges sous le nom d'Albert II. Les protections constitutionnelles de la famille royale empêchent toute poursuite les concernant.

Beaurir : le lieutenant-général Beaurir a été le chef de la gendarmerie du pays. Il a été impliqué dans des affaires de stay-behind, dans les ballets roses, dans les affaires d'entrainement de réseauxd'extrême droite (Westland New Post, Front de la Jeunesse, ...) sur des terrains militaires, etc.

Jean Deprêtre : procureur du roi au parquet de Nivelles, a enquêté sur les ballets roses, les tueurs du Brabant, ... et a souvent été accusé d'avoir saboté les enquêtes. Retraité avec « les honneurs dus à son rang ».

Guy Mathot : homme politique belge (PS). Impliqué dans les ballets roses et les pots de vin dans l'achat des hélicoptères Agusta pour l'armée, il a toujours été blanchi par la justice. Souvent surnommé le plus gros maquereau de Belgique. Décédé.

Charly De Pauw : roi du parking et de l'immobilier, responsable de la destruction des vieux quartiers de Bruxelles, impliqué dans les ballets roses.

Jean-Claude Garot : homme d'affaire, journaliste et fondateur du journal « Pour », qui a dénoncé nombre d'affaires politico-judiciaires et mené des enquêtes risquées sur des personnes « au dessus de tout soupçon ». Après l'incendie du journal (par la gendarmerie et/ou des milices d'extrême-droite ?), ses affaires péricliteront. Présenté par Eddy Merckx (le cycliste) à des hommes d'affaires de la presse US, il se rendra là-bas et fondera des journaux sportifs, n'approchant plus, même de loin, aucune affaire politique.

VLD : sigle du parti libéral flamand à l 'époque.

Benoît de Bonvoisin : baron (le baron noir), homme d'affaire richissime et homme politique belge (PSC). Membre trésorier du Cepic (aile droite du PSC), membre de la Ligue mondiale anticommuniste, soutien des milices d'extrême droite du Westland New Post (WNP, bras armé du Front de la Jeunesse et du parti Forces Nouvelles), organisateur de l'infiltration de l'extrême droite parmi les officiers supérieurs de l'armée. Impliqué dans presque toutes les affaires graves qui ont eu lieu en Belgique, il n'a pu réellement être poursuivi pour quoi que ce soit, essentiellement grâce au « suicide » de Paul Latinus (dirigeant du WNP). Les témoins X de l'affaire Dutroux ont beaucoup parlé de lui concernant des viols et des mises à morts d'enfants et de bébés montés en spectacles, en chasses dans ses forêts et ses châteaux, etc.

Paul Latinus : ingénieur en sciences nucléaires, informateur de la « sûreté » belge, officier de réserve de la force aérienne, instructeur du Front de la Jeunesse, führer du WNP, ancien militant de la World union of national-socialists (WUNS), fonctionnaire de l'ONEm (service chômage belge), conseiller adjoint au ministère de l'emploi et du travail, etc. Lorsque le journal Pour dévoilera ses activités, il s'enfuira au Chili pour participer avec la DINA (police politique de Pinochet) à l'élimination physique des opposants installés à l'étranger (du Chili). Rentré en Belgique, il utilisera le WNP pour aider la gendarmerie (BSR) au fichage systématique des jeunesses de gauche (microfiches B, ...), pour l'infiltration de l'armée par l'extrême droite et pour le vol de documents militaires. Il sera suicidé dans sa cave avec une corde trop courte, mais par qui ? ....

Roger Boas : homme d'affaire (Asco), spécialisé dans le transfert de pots de vins lors des ventes d'armes et les contrats immobiliers. Traffique aussi dans les call-girls grâce à sa maîtresse Fortunato Israel, organisatrice d'un service de call-girls de luxe, le cercle de Tuna.

Régina Louf : témoin officiellement nommée X1 dans les enquêtes sur Dutroux, elle s'est fait connaitre sous son vrai nom en publiant son autobiographie sous le titre « Silence, on tue des enfants ! ». Une énorme campagne de presse vise alors à la faire passer pour folle.

Jean Gol : homme politique belge, qui a commencé en fondant un parti trotskyste, mais a fini comme chef du PRL (parti libéral francophone). Décédé.

De Donnéa : Le chevalier François Xavier Gustave Marie Joseph Corneille Hubert de Donnea de Hamoir (ouf ! ) est un homme politique belge, membre du MR (Mouvement Réformateur, anciennement PRL)

Sablon : quartier de Bruxelles.

Patrick Moriau : homme politique belge (PS), très crédible dans le rôle de l'indigné naïf (?).

Bourlet, Connerotte, Thily, Langlois : le procureur Bourlet et le juge d'instruction Connerotte ont avancé très fort dans les enquêtes concernant les enlèvements de fillettes, Julie et Mélissa ainsi qu'An et Eefje, au point que ces deux dernières ont pu être libérées des pattes de Marc Dutroux et de ses complices. L'enquête a continué à avancer, permettant l'inculpation de nombreuses personnes impliquées. Les seules critiques ne venaient que par l'intermédiaire de la procureure générale Anne Thily. Le juge Connerotte commit l'innommable crime de participer à un souper spaghetti en soutien aux familles des victimes, ce qui permit à Thily de le faire remplacer par le juge d'instruction Langlois. A eux deux, ils ont pu saucissonner le dossier pour rendre l'aboutissement de l'enquête impossible.




http://libertaire.pagesperso-orange.fr/archive/99/213-jan/X1suite.htm
DOUGLAS DE CONINCK / DE MORGEN
Des ballets roses au témoignage d'X1
L'enquête impossible !

Qu'il soit impossible d'enquêter
sur une affaire ne signifie pas
qu'elle a eu véritablement lieu.
Confrontée à cette affirmation
aux mille et une interprétations,
la Belgique se débat depuis vingt ans
avec les dossiers des ballets roses.


- Tu m'as dit que tu l'avais fait. Tu l'as fait ou non ? Je dois savoir.
- Non, je ne l'ai pas fait.
- Chérie, l'autre fois, tu m'as dit que tu l'avais fait. Maintenant, tu me dis que tu ne l'as pas fait.
- Et toi ? Est-ce que tu ne m'as pas trompée tout ce temps.
- Si tu ne me dis pas la vérité, je ne sais plus où j'en suis.
- Tu m'as toujours trompée !
- Je n'ai pas couché avec une autre.
- Tu ne m'as pas trompée, mais tu m'as fait horriblement souffrir moralement... (silence, craquements). Bon, c'est vrai. J'ai participé à des partouzes avec Bettens, je l'ai fait, mais ça ne m'a pas plu. Je le lui ai dit et nous en avons discuté [...].


Chaque homme en phase de divorce se rappelle souvent presque littéralement de la dernière conversation avec son épouse.

Pour le psychiatre bruxellois, André Pinon, c'est pire. Ce dialogue entre lui-même et sa femme Josiane Jeuniau est le point de départ d'une affaire qui transformera la Belgique de ce pays paisible de la bière et des frites en une nation de complots, d'intrigues, de meurtres non résolus et de partouzes. C'est ici, sur les rives du lac de Genval que commence, le 30 août 1979, l'histoire des ballets roses.

La fine fleur du royaume
André Pinon joue avec un stylo voyant, le tient devant la bouche de sa femme, comme un micro, ce qu'il est effectivement. Trois cents mètres plus loin, un détective enregistre la conversation sur bande magnétique.

Cette opération à la James Bond a été décidée après que le couple ait comparu deux jours plus tôt devant le juge de la jeunesse de Nivelles et qu'André Pinon a bluffé : Je sais tout. Sa femme a brutalement pâli : Vraiment tout ?! Elle raconte alors des ébats sexuels avec douze partenaires, hommes et femmes ensemble, dans la villa de son nouvel amant, le docteur Bettens. Elle cite quelques personnalités, parmi lesquelles un haut placé de la Sécurité de l'État et le docteur Crokaert de Waterloo. Pinon espérait qu'elle refasse son récit, mais elle se contente d'avouer que Bettens organise des partouzes tous les vendredis. Le stylo commence à lui paraître suspect. La discussion se termine par une dispute éclatante. Pinon est toutefois satisfait du résultat. Cela suffira pour obtenir la garde des enfants, pense-t-il.

Il l'est moins quand il rentre le 7 septembre chez lui pour constater qu'on l'a cambriolé. Une seule chose a disparu : la cassette. Il obtient toutefois une copie chez le détective, et se rend à la police. Le 10 octobre, sa plainte aboutit au parquet de Nivelles et se voit attribuer le numéro de dossier 38.91.1005/79.

Premier "suicide"
Cinq jours après l'entretien du lac, la femme de chambre de l'Holiday Inn de Machelen malmène la serrure de la chambre 419, fermée à clé depuis deux jours. Sur le lit, elle trouve le cadavre de Anne Dedeurwaerder, 44 ans. Par terre, un flacon de Vesparax, vide. Le parquet de Bruxelles conclut au suicide. La dame en question était l'épouse du docteur Crokaert.

Lorsque Pinon apprend la nouvelle, il n'en démord plus, il y a quelque chose derrière tout cela. Le nouveau substitut nivellois, Jean Deprêtre empêche que la cassette soit versée au dossier de divorce et le juge de la jeunesse confie la garde des enfants à l'ex-femme de Pinon. Celui-ci répète son histoire à qui veut l'entendre. C'est ainsi qu'il rencontre Christine Doret. Elle a également été impliquée dans une procédure de divorce auprès du même juge de la jeunesse. Cette femme de 31 ans lui raconte qu'elle a participé, avec son ex-femme d'ailleurs, à des partouzes où se défoulait la fine fleur de l'establishment belge : l'ancien Premier ministre Paul Vanden Bœynants, Guy Mathot, le général de gendarmerie Beaurir, les promoteurs immobiliers très proches de VdB, Charly De Pauw et Ado Blaton, ainsi que le prince Albert. Christine Doret affirme même qu'il y avait des enfants, dont deux se sont suicidés. Le juge de la jeunesse les a sélectionnés dans des homes et "livrés".

Ça flambe au journal Pour
André Pinon s'adresse alors à Jean-Claude Garot de l'hebdomadaire de gauche Pour. Ensemble, ils décident d'organiser le 18 juin 1981 un souper avec Christine Doret. Ne se doutant pas que Garot immortalise ses paroles sur un dictaphone, elle déballe à nouveau son histoire. Les partouzes se déroulaient au golf club de Bercuit, chez le docteur Bettens et dans des villas à la côte. Elle parle également du "meurtre de madame Crokaert". Lorsqu'en fin de soirée, Garot se présente comme journaliste, elle réagit violemment. Elle niera tout, dit-elle, quoi qu'il arrive.

Le matin du 5 juillet 1981, un incendie ravage la rédaction et l'imprimerie de Pour, installées à Ixelles. On y avait jeté quelques cocktails molotov. Le 10 juillet, Jean-Claude Garot relate les faits à la justice. Quelques jours plus tard, toutes les conversations tournent autour des ballets roses. Mais quelle est donc l'origine de ce terme ? Hugo Coveliers, spécialiste VLD du dossier, explique : C'est le terme consacré pour désigner des partouzes. Rien à voir donc avec de la confiture, bien qu'il ait été question d'ébats dans la confiture rose. J'ai un jour fait une blague à cet égard lors de la commission sur les tueries, suite à quoi VdB s'est adressé à moi d'une voix sonore en disant : "Moi, je ne pédale pas dans la confiture !".

Le 20 juillet 1981, les enquêteurs belges se rendent sur la Côte d'Azur où Christine Doret passe ses vacances. Si celle-ci se rappelle de la soirée, elle affirme avoir tout inventé. Elle avait pitié de Pinon qui ne pouvait pas accepter le verdict du juge de la jeunesse. Et pour ne pas lui refuser le plaisir de sa théorie du complot, elle a répété ce qu'il lui avait soufflé.

Le juge classe le dossier
Aujourd'hui, à la lecture du dossier Pinon, le seul sentiment qui subsiste est que l'on a en mains le fameux dossier qui a fait couler tellement d'encre. L'on serait tenté d'approuver l'affirmation selon laquelle ce n'est que l'illustration pénible de ce à quoi peut mener un divorce. Il apparaît des interrogatoires de Bettens et de Crokaert que la femme du dernier entretenait une liaison avec le premier. Qui rompt, suite à quoi elle se suicide. Point à la ligne. Lors d'une perquisition chez le docteur Bettens, l'on a retrouvé le livre d'or dans lequel, affirmait Christine Doret, se trouvaient le noms de tous les partouzeurs. La description correspond parfaitement, mais les nom de VdB et de Mathot n'y apparaissent pas. Fin 1981, Jean Deprêtre classe le dossier 38.91.1005/79 sans suite. Plus tard, il s'avère que l'incendie du Pour a été provoqué par le Front de la Jeunesse, davantage pour les révélations du journal concernant les camps d'entraînement fascistes que pour celles du dossier Pinon. Le FJ était toutefois partiellement financé par le baron Benoît de Bonvoisin, extrémiste de droite. Beaucoup établissent alors rapidement le lien avec le dossier Pinon. Les doutes subsistent. Jean-Claude Garot a déposé son enregistrement à la police judiciaire (PJ) le 21 juillet 1981. Christine Doret n'y apparaît pas vraiment comme une affabulatrice.

Garot : Ce n'est pas que je ne te croie pas, mais...
Doret : Mais parce que... (s'adresse aux autres) Mais parce que... il n'a jamais vécu ce genre de choses. Il n'a jamais fréquenté ces milieux. On ne peut pas les connaître alors.
Garot : Non, vraiment pas (...)
Doret : Certains en sont morts. C'est vrai...

Paul Latinus pendu
Le 25 avril 1984, on retrouve le cadavre de Paul Latinus, dirigeant du mouvement d'extrême-droite Westland New Post, pendu dans sa cave. Latinus était un personnage controversé. Le WNP infiltrait la sécurité de l'État, n'hésitant pas à subtiliser des télex ultra-secrets à l'OTAN. En dehors de Deprêtre à nouveau chargé de l'affaire et du magistrat bruxellois Jean-Pierre Jaspar, personne ne croit au meurtre. Le commissaire bruxellois de la police judiciaire (PJ), Georges Marnette, est arrivé le premier sur les lieux et continue à affirmer que la corde à laquelle pendait Latinus était trop courte.

Six mois avant sa mort, Paul Latinus avait déposé plainte auprès de la gendarmerie pour "menaces de mort dans le cadre du dossier Pinon". Dans ses affaires personnelles, l'on a retrouvé des notes visiblement recopiées du dossier 38.91.1005/79.

Le morecau d'un puzzle
À partir de 1984, il est impossible d'arrêter le flot des spéculations. J. Deprêtre annonce brutalement qu'il n'existe pas de dossier Pinon. La PJ commence à surveiller quelques adresses citées dans le dossier. On fait beaucoup de bruit autour d'un mystérieux enregistrement contenant une conversation entre Pinon et un avocat. Le commissaire Marnette rafle la cassette sur le bureau d'un collègue et lorsqu'elle réapparaît, elle est vide. Des choses dans le genre. Il est certain que les ballets roses ont eu lieu, a décidé la commission-bis sur les tueries. Il n'est toutefois pas prouvé que des mineurs étaient impliqués.

Les journalistes qui se sont occupés de l'affaire dans les années quatre-vingts sont convaincus que le dossier Pinon était une sorte de code avec lequel la racaille d'extrême-droite essayait de faire chanter la classe politique. D'après eux, il ne s'agit que du reflet d'un dossier beaucoup plus important.

Call-girls et haute finance
En 1976, un consortium d'entreprises belges, Eurosystem Hospitalier, empoche un contrat de 36 milliards de francs pour la construction d'un hôpital en Arabie saoudite. Peu avant la signature du contrat, la société engage une certaine Israël Fortunato dans son département relations publiques. Il s'agit d'une prostituée surnommée Tuna. Elle dirige une équipe de call-girls, appelée Le cercle de Tuna, qui voyagent dans le monde entier aux frais d'Eurosystems pour séduire les magnats saoudiens. En 1979, l'aventure se termine par une faillite qui coûte à l'État plusieurs milliards de nos francs. Il s'avère alors qu'Eurosystems a dépensé pas moins de 8 milliards en "commissions".

L'une de ses filiales est dirigée par un homme d'affaires très proche du Front de la Jeunesse. Le baron de Bonvoisin trempe, lui aussi, dans l'affaire comme d'habitude. Le prince Albert avait fait un lobbying intensif auprès des Saoudiens. Presque tous les noms du dossier Pinon réapparaissent d'une manière ou d'une autre dans les constructions commerciales gravitant autour d'Eurosystems. Et inversement. Christine Doret avait désigné une certaine Tania ou Tounia comme l'organisatrice des partouzes. Le cercle de Tuna compte également parmi ses clients la société Asco de Roger Boas, laquelle avait obtenu un contrat de défense controversé de 24 milliards pour des blindés. Israël Fortunato avait été pendant des années la maîtresse de Boas, qui lui-même était un ami très proche de VdB.

En 1979, l'une des call-girls, Lydia Montaricourt, reprend la direction du Cercle de Tuna. Elle a toutefois des ennuis avec la justice. La BSR effectue une perquisition, emmène des listes de clients et prend acte de sa déclaration selon laquelle elle * travaille pour Eurosystems +. L'enquêteur Callens de la BSR n'en comprendra les implications que lorsqu'il est convoqué au cabinet du ministre de la Défense Vanden Bœynants. Le magistrat chargé du dossier le clôture. Il s'appelle Jean Deprêtre. Lydia Montaricourt récupère ses biens et l'affaire continue à planer pendant des années au-dessus de toutes les autres.

Tueurs du Brabant
Dans la nuit du 16 au 17 décembre 1983, l'homme d'affaires Jacques Fourez et sa maîtresse Élise Dewit arrêtent leur Mercedes sur le retour de Paris pour prendre de l'essence. Ils font halte au Colruyt de Nivelles, au moment même où quelques gangsters l'attaquent. Dans le bain de sang qui s'en suit, Jacques Fourez, Élise Dewit et un gendarme accouru sont exécutés. Grâce aux révélations de Pour, qui est arrivé à ses fins, le public belge vient d'apprendre ce que sont les ballets roses. Dans la même catégorie s'ajoute à présent la notion de Tueurs du Brabant wallon. Comme ce sera toujours le cas par la suite, le butin est dérisoire par rapport à la violence déployée : quelques bidons de pétrole, des pralines et cinq paquets de café.

On les retrouve d'ailleurs dans le coffre de la Mercedes de Fourez, avec laquelle les malfaiteurs ont pris la fuite. Deux ans plus tard, l'on s'intéresse beaucoup à ce coffre. Un PV établi par la BSR concernant les Tueurs du Brabant wallon signale que Charly De Pauw avait versé 140 millions dans une affaire de chantage pour une cassette vidéo sur laquelle on pouvait le voir lors d'une partouze avec des enfants. Peu avant leur départ de Paris, Jacques Fourez et Élise Dewit ont affirmé avoir une copie de cette cassette dans leur coffre. Bien qu'aucun des deux n'ait été fortuné, le couple négociait, juste avant d'être assassiné, l'achat d'un domaine prestigieux dans les Ardennes. Élise Dewit travaillait au cabinet d'un échevin CVP bruxellois, intime de VdB. Si cette hypothèse est la bonne, reste à savoir toutefois comment les Tueurs pouvaient savoir que le couple allait s'arrêter au Colruyt. Fourez n'y allait jamais prendre de l'essence. Sur cette objection, la justice clôt la piste. Au sein de la BSR de Wavre éclate une guerre entre les partisans et détracteurs. Le procureur Deprêtre, encore lui, ridiculise les enquêteurs de la BSR qui veulent établir un lien entre les Tueurs et l'extrême-droite ou les ballets roses, et trouve un allié en leur chef, Jean-Luc Duterme. Il renvoie les enquêteurs perturbateurs.

Ça crève l'écran
Le pays semble avoir retrouvé sa quiétude, jusqu'à ce que, le 13 février 1990, VTM commence son journal du soir par un close-up sur le visage fatigué d'une Française. Elle a 42 ans et s'appelle Maud Sarr. En prime-time, elle explique comment des gens comme VdB, Deprêtre, Jaspar et le commandant de gendarmerie François ont participé à des partouzes avec des mineurs. Les déclarations de Maud Sarr semblent répondre à de nombreuses questions plus anciennes des dossiers Asco, Eurosystems, Latinus et Pinon, mais à peine une semaine plus tard, l'on apprend que Mme Sarr s'est fait payée par le journaliste de VTM. La somme est ridicule elle ne fait rien pour rien mais cela devient plus gênant lorsqu'il s'avère qu'elle a déjà témoigné devant la justice et que deux jours après son apparition télévisée, elle revient sur ses déclarations. Entre-temps, VdB lui-même a comparu devant la commission sur le tueries. Bon nombre voit dans la venue soudaine de Maud Sarr une manœuvre pour permettre à VdB de se moquer de toutes ces fariboles.

Suite au témoignage de M. Sarr, on ressort à nouveau le dossier Pinon et le parquet bruxellois décide d'y faire une fois pour toutes la part de vérité et de fiction. Avec pour conséquence que les questions sans réponse sont encore plus nombreuses. Christine Doret n'a plus jamais été entendue après 1981. Personne ne sait ce qui a poussé Maud Sarr a rétracté son histoire. Le colonel de gendarmerie Herman Vernaillen, sur lequel on (les Tueurs ?) avait tiré auparavant, affirme qu'il a vu de ses propres yeux une cassette avec des ballets roses, mais ensuite ne se manifeste plus. Plusieurs photos surgissent sur lesquelles apparaît Jean Bultot un suspect dans plusieurs pistes sur les Tueurs en train de sautiller dans la confiture, mais personne ne peut confirmer qu'il s'agit bien de lui. Tel le monstre du Loch Ness, les ballets roses se mêlent à chaque nouvelle affaire importante. L'affaire Dutroux a-t-elle à peine éclatée qu'il s'avère que Michel Nihoul est un amateur de partouzes.

Les témoins X
Les enquêtes d'alors paraissent inconsistantes quand fin 1996, Regina Louf et ses consœurs spirituelles X2 et X3 témoignent à Neufchâteau de l'existence de réseaux du sexe. Les informations correspondent parfaitement aux hypothèses d'alors ; mieux, elles sont plus précises et détaillées. Dès 1989, Maud Sarr évoque des enfants qu'elle a vu dans les années septante lors de partouzes à Knokke et dont personne ne savait d'où ils venaient. Regina Louf a grandi à Knokke. Les noms cités par les X sont pour la plupart identiques à ceux des déclarations de Sarr, Doret, Pinon et autres. Il y a fort à parier qu'un beau jour, quelqu'un soulèvera le dossier X3. La famille royale y joue un rôle important.

X3, comme X2, décide de se taire lorsqu'elle se rend compte que la cellule d'enquête de Neufchâteau s'est également divisée. Certains estiment que l'affaire est un peu trop belle pour être vraie. Au cours de l'année 1998, une foule de communiqués affirment que les enquêteurs ont "aidé" leurs témoins, d'autres font part de faux PV. Les enquêteurs qui, avec une délectation sardonique, déclarent folles les témoins X sont souvent les mêmes qui ont nié pendant des années l'existence des ballets roses. En Belgique, il est impossible d'enquêter sur certaines affaires, affirme Hugo Coveliers. Alors, on les tire pendant des années.

Le docteur Pinon ne s'est mêlé que brièvement au grand débat Dutroux/Nihoul. Il croit se rappeler que deux PJ-istes lui avaient déjà demandé vers le milieu des années quatre-vingts s'il connaissait Nihoul et le "bourreau de Mons". Le docteur Pinon vient d'acheter une maison au Portugal. Sur le point d'émigrer, il ne veut plus jamais rentrer en Belgique. Jean-Claude Garot est aujourd'hui l'éditeur prospère de plusieurs magazines de sport.

Douglas De Coninck
De Morgen - 1er décembre 98
Extrait de l'édition spéciale du journal De Morgen pour ses vingt ans (1er décembre 1998). Les intertitres et l'illustration de couverture sont de la rédaction d'AL. Merci à Aline et à Sylvaine pour la traduction.




http://libertaire.pagesperso-orange.fr/roi.htm

Le mal au dos du Roi
Les secrets de la Belgique sont des secrets de Polichinelle :
sitôt révélés, sitôt éventés.


Il y a trois mois un jeune biographe déclenchait un scandale en faisant allusion à un enfant naturel d'Albert II. Le lendemain, plusieurs journaux publiaient un dossier complet sur Delphine Boël, artiste à Londres. D'autres annonçaient qu'ils ne diraient pas ce qu'ils savaient. Tous savaient évidemment depuis longtemps. Deux mois plus tard, dans son discours de Noël, Albert II évoquait "La crise que notre couple a traversée il y a plus de trente ans, période de crise qui nous a été rappelée il y a peu." Reconnaissance on ne peut plus claire de Delphine. Ceux qui n'ont pas compris ne comprendront jamais.

Le fait que le prince Laurent ne soit pas le fils d'Albert n'est pas officiellement reconnu. L'intéressé ne s'en défend pourtant pas beaucoup : "Je sais qu'on m'a traité de bâtard. Mais quoi qu'il en soit, le jour où j'ai été conçu, je n'étais pas là ! Donc, je ne peux pas dire ­ et je n'ai jamais dit ­ que je n'étais pas le fils du Roi" [La Dernière Heure, 30/10/98]. Attendons le discours de Noël d'Albert l'année prochaine - s'il y en a un.
Puisque la Belgique peut tout absorber, et qu'on en est à enfoncer des portes entrouvertes, pourquoi ne pas se tourner vers la plus intéressante, celle qui sépare l'affaire Dutroux du Palais royal ? Ceci nous oblige à passer au-delà du chromo - même modernisé - de la famille royale.

Delphine, fruit d'une crise de couple appartenant à la "vie privée" d'Albert et Paola. Telle est la version soft de l'histoire. En réalité, la crise de couple dure depuis plus de trente ans, et ses retombées débordent largement la sphère privée. Il est de notoriété publique - même si personne ne le dit publiquement - qu'Albert a toujours apprécié la compagnie des prostituées, aussi bien à Ostende il y a plus de trente ans (où il fit scandale à l'hôtel La Renommée), que récemment à Cannes, où une call-girl à qui il avait offert des bijoux de chez Cartier lui vola son carnet de chèques après son retour en hâte à Bruxelles, suite à l'évasion de Dutroux [Le Soir 29/5/98 ; La Libre Belgique 30/5/98 ; La Dernière Heure 6/6/98].

Il faut dire que la consommation de prostituées est une tradition du Palais. Léopold II, neveu de la reine Victoria, était client d'un réseau de prostitution anglais fournissant de très jeunes filles. Plus tard, il rencontra Caroline, prostituée de 16 ans, qu'il épousa sous le nom de Baronne de Vaughan [Baronne de Vaughan, Presque Reine, Le Cri, 1998 ; A. Hochschild, King Leopold's Ghost, p.221-224.).

Au sujet de Léopold III, le chef de la Sûreté allemande en Belgique pendant la guerre, Canaris, a déclaré lors de ses interrogatoires, qu'il avait rendu service au roi en remplissant certaines missions de caractère privé à Knokke et à Berchtersgaden, ces missions n'étant rien d'autre que ce qu'on appelle aujourd'hui un "service d'escorte" - c'est-à-dire la recherche de prostituées [E. Raskin, Princesse Lilian, éditions Luc Pire, 1999, p.109 ; Le Peuple et Le Monde du Travail 25/4/49].

Ce n'est pas l'aspect privé de ces comportements qui doit retenir l'attention, mais bien leurs conséquences socio-politiques. Le statut du Roi entraîne deux conséquences. Pour conserver son autorité morale, il faut occulter ces comportements, ce qui entraîne le développement d'un double langage et d'une double face. D'autre part, et ceci est beaucoup plus grave, les institutions démocratiques sont régulièrement dévoyées pour couvrir le comportement royal et pour imposer la loi du silence. C'est ainsi, par exemple, que le secrétaire du roi Léopold III informa, en 1949, le ministre de la justice du désir que le roi avait de voir empêchée la divulgation des pièces du dossier Canaris relatives à la vie privée du roi et de la famille royale pendant l'occupation [Archives Générales du Royaume, Mémoires inédites de Jacques Pirenne, p.535]. Cinquante ans plus tard ­ et malgré l'abdication de Léopold III - il est toujours impossible de consulter ces pièces, alors que les dossiers de cette période n'ont jamais fait l'objet d'une telle censure [E. Raskin, Princesse Lilian, éditions Luc Pire, 1999, p.108].

L'inviolabilité du Souverain, garantie par la Constitution, lui permet d'assouvir ses fantasmes sans limites. Ceci entraîne un risque "d'inflation" dans la débauche et de couverture par les institutions. Quels rapports avec l'affaire Dutroux-Nihoul ? Noyés dans le flot d'informations sur cette affaire, deux petits articles ont indiqué le lien entre les événements actuels et l'ancienne affaire des Ballets roses. La gendarmerie aurait découvert que plusieurs des noms figurant dans les vieux agendas de l'épouse du docteur Pinon - par qui le scandale des Ballets roses éclata - se retrouvaient également dans les carnets d'adresses de Michel Nihoul. C'est pourquoi la gendarmerie aurait exhumé le dossier des Ballets roses [Dimanche Matin, 2/2/97]. Un autre article anodin du Soir, indiquait que la société de Nihoul fournissait en produits de la mer différents établissements, dont le Dolo, mais également un club de golf wavrien [Le Soir, 4/4/97]. Club de golf qui était précisément un des lieux de partouzes des Ballets roses.

À nouveau, ce qui compte dans cette affaire, ce ne sont pas les comportements privés, mais le rôle politico-social des personnalités mises en cause. Rappelons qu'il s'agissait de partouzes auxquelles auraient participé des personnes haut placées des milieux politiques, des affaires, militaires et judiciaires, comme VDB, le Prince Albert, le général Beaurir, Blaton et Guy Mathot [J. Mottard, R. Haquin, Les Tueries du Brabant, éditions Complexe, 1990, p.207 ; PV 15.538-348/81]. Rappelons aussi l'incendie du journal Pour en 1981, au moment où il s'apprêtait à publier un entretien avec une participante aux partouzes citant les personnalités évoquées plus haut. Après l'incendie, Jean-Claude Garot, rédacteur en chef de Pour, remit à la police judiciaire un enregistrement de cet entretien qui - après être passé par les mains du commissaire Marnette - se révéla inaudible. Peu après l'incendie, Garot trouva les moyens de s'installer aux États-Unis et d'y créer une nouvelle entreprise. Le docteur Pinon, qui avait révélé que sa femme participait à ces partouzes, eut tous les ennuis du monde (contrôle fiscal, inspection de l'INAMI, menaces de mort, etc.). Sa femme, qui se vantait d'être la meilleure suceuse du Brabant wallon, fit carrière, comme secrétaire de Jean Gol, puis de De Donnea. Quant au dossier, il mourut d'inanition dans les archives du Palais de justice.

Ce qui était choquant dans ce dossier, ce n'était pas les partouzes entre adultes consentants - même princiers - mais des témoignages selon lesquels des mineurs y auraient participé et auraient perdu la vie dans des circonstances obscures. Comme le dit très bien Claude Semal : "On peut combattre le crime sans être coincé du cul" [Claude Semal, La triple alliance du crime, du secret et du silence, Alternative Libertaire 224, janvier 2000)]. Cependant, l'absence de zèle des enquêteurs n'a jamais permis d'élucider ces faits. Le plus étonnant, à vrai dire, n'est peut-être pas le contenu du dossier des Ballets roses, mais le fait qu'il ait existé un dossier judiciaire. Car quiconque remue les secrets de Polichinelle du royaume des trente dernières années, découvre de nombreuses affaires du même ordre, qui n'ont jamais eu de conséquence judiciaire. Comme cette soirée qui aurait eu lieu vers 1980, en présence d'Albert, où le très jeune amant d'une certaine Bébelle perdit la vie, au cours de ce qu'il croyait être un jeu érotique. Suicide, ou pendaison érotique, susurrait-on le lendemain au Sablon.

Cette mouvance perverse du début des années 1980 est précisément le milieu où trônait Nihoul, qui se fait surnommer depuis peu le Prince de la nuit. Dans son "autobiographie", Nihoul parle des boîtes de partouzes "peuplées non seulement par des hommes et des femmes d'affaires, mais également par des politiciens, des avocats, ou des magistrats voire même les épouses de ceux-ci, ainsi que par certaines personnes des deux sexes faisant partie de la noblesse" [M. Nihoul, Rumeurs et vérités, Dark and Light publication, 1998, p.46]. De nombreuses sources confirment que ce Prince a dû croiser l'autre à de nombreuses occasions. Tel serait le scandale qu'il faut à tout prix étouffer. Patrick Moriau fut le premier à mettre les pieds dans le plat - sans trop savoir - en évoquant des méga-protections de Nihoul dans l'entourage du palais royal [P. Moriau, Journal d'un commissaire, éditions Luc Pire, p.311]. L'opprobre générale dont il fut accablé, et la surveillance de la Sûreté de l'État lui firent comprendre qu'il avait touché juste.

Dans un ouvrage récent [J. Noterman, La république du Roi, 1999, p.215], on lit que les témoins X, en tout cas X1 auraient reconnu Albert parmi leurs tortionnaires. C'est inexact en ce qui concerne le témoignage de X1. Par contre, elle dénonce quelques grands amis d'Albert, anoblis récemment ou membres du Conseil de la Couronne et invités aux noces de Philippe et Mathilde. Quant au témoignage de X3, il implique effectivement le Palais et constitue sans doute la cause majeure d'étouffement des enquêtes de Neufchâteau [voir : Jacques Bertin,  Qui est l'inconnu de l'affaire Dutroux ?, Politis 577 du 2/12/99 et A. Bulté, D. De Coninck, MJ Van Heeswyck, Les dossiers X, Ce que la Belgique ne devait pas savoir sur l'affaire Dutroux, EPO, 1999]. Telle est la raison d'État qui explique à la fois le dessaisissement de Connerotte, la petite phrase du procureur Bourlet ("J'irai jusqu'au bout si on me laisse faire"), sa mise sous surveillance, les anomalies de l'enquête sur Julie et Melissa, les disparitions de témoins, la mise à l'écart de l'équipe de De Baets, la libération de Nihoul et ses fanfaronnades. Le fait que le procureur général près la Cour de cassation, Jean-Marie Piret, soit l'ancien chef de cabinet du Roi peut avoir un rapport avec l'accélération de l'étouffement de l'affaire Dutroux.

En même temps que l'enquête sur les enlèvements d'enfants est freinée, on perçoit des signes annonciateurs d'un départ prématuré du Roi. Fiançailles et mariage express de Philippe et Mathilde (sortie de nulle part). Maux de dos spectaculaires d'Albert II (maux de dos nerveux avoue-t-il à ses intimes). Le couple royal vient aussi de s'acheter une confortable propriété dans le Midi.

Tout donne à penser que le Roi s'apprête à s'en aller, ni vu ni connu. Faut-il le laisser faire ? En vertu de la Constitution, le Roi est irresponsable : il est à l'abri de toute action en justice ; il jouit d'une immunité complète ; il échappe à toute poursuite répressive et à toute condamnation pour crime, délit ou contravention. Mais ce principe d'irresponsabilité et d'inviolabilité de la personne royale a pour corollaire la responsabilité ministérielle. Si le Roi a commis une faute jugée assez grave pour qu'aucun ministre n'accepte de la couvrir, la seule sanction, serait l'abdication [J. Noterman, La république du Roi, p. 222].

Par conséquent, s'il apparaissait que l'inconduite d'Albert a servi de protection à Nihoul, VDB, Mathot et quelques autres, il faudrait que le gouvernement cesse de couvrir ces actes (comme le tout puissant CVP-PSC l'a fait pendant des décennies). Il faudrait aussi qu'une commission d'enquête parlementaire fasse la lumière sur ces protections et que le Roi abdique éventuellement, sans laisser derrière lui ceux qui ont organisé ce système protectionnel. Le pays ne s'écroulera pas pour autant. L'équilibre de l'État belge et de sa population requiert, au contraire, que l'on aille jusqu'au bout des enquêtes sur les enlèvements et les meurtres d'enfants. L'insolence d'un jeune homme de 18 ans nous a, heureusement, montré que nous n'étions pas condamnés à vivre sous la loi du silence.

Thésée
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Message  Loatse le Lun 15 Nov - 15:21

Pétard, je viens de commencer de lire... on se croirait parcourir "Detective" mâtiné de san antonio dans les années 70... sauf que maintenant on ne dit plus ; "elle participait à des partouzes" mais... "elle pratiquait l'échangisme" :P - autres temps même moeurs mais très banalisés aujourd'hui au point même que c'en est devenu un phénomène de mode.

(Vas jeter un oeil sur les couvertures des magazines féminins non2, tu vas rester collé au plafond... drunken )

... vais avoir de la lecture demain matin...

je ne faisais que passer heing.... clown


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