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Message  Non2 le Ven 4 Mai - 8:55

Nouvelle loi du travail au Venezuela : un pas de plus vers la vraie vie.
4 mai 2012

La nouvelle Loi du Travail célébrée en grande pompe par les travailleurs vénézuéliens ce 1er mai 2012 est un vieux rêve devenu réalité au bout d’un débat citoyen qui a duré près de trois ans. Plus de 19000 propositions ont été remises par toutes sortes d’organisations de travailleurs, syndicats, coordinations, etc.. à la commission présidentielle chargée d’élaborer le projet. Avec la Constitution Bolivarienne, c’est le texte de loi qui a le plus bénéficié de la participation populaire.

Nous avions rendu compte de ce débat national il y a quelques semaines : “Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail

Résultat : la loi signée le 30 avril 2012 par le président Chavez brise enfin le carcan néo-libéral où les gouvernements antérieurs avaient étouffé les droits sociaux. Depuis le 2 mai la loi (dont on peut lire ici le texte intégral en espagnol) circule gratuitement sur internet et de main en main, massivement, dans plusieurs journaux. Sauf dans ceux de l’opposition qui relaient les critiques patronales contre la loi, contre l’égalité homme/femme, contre l’augmentation des indemnités dues aux travailleurs, etc… Des réunions seront organisées partout dans les mois qui viennent, notamment par les syndicats, pour continuer à faire connaître la loi et pour qu’elle soit un levier de nouvelles transformations.

Points forts : l’égalité entre hommes et femmes ; l’interdiction de la sous-traitance du travail ; les conseils de travailleurs. Ceux-ci ne substituent pas les syndicats (qui voient leurs prérogatives renforcées par la loi). Leur fonction, bientôt développée par une loi spéciale, est de promouvoir la participation des travailleurs et de la communauté vivant autour des centres de travail, dans la gestion des entreprises. Ainsi que de lutter contre la spéculation, l’accaparement des produits de première nécessité.

Détail amusant (qui rappelle l’extrême misère de l’information sur le Venezuela en France) : pour occulter le débat citoyen à la base de cette loi, le Monde et l’AFPn’ont rien trouvé de mieux que de la présenter comme une épreuve de force entre un autocrate et son opposition. Saluons cette nouvelle victoire du droit des lecteurs qu’on “informe” sur une Loi du travail sans donner la parole à un seul des millions de travailleurs concernés mais en la donnant… au patronat.

Cette loi s’accompagne par ailleurs d’une nouvelle augmentation du salaire minimum, qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. Une augmentation du pouvoir d’achat protégéee par la baisse continue de l’inflation depuis cinq mois consécutifs (0,8% en avril), par une loi de contrôle des prix pour les produits de première nécessité et l’offre concomitante de biens bon marché produits par les entreprises nationalisées.

Voici un résumé (non exhaustif) de quelques uns des droits dont jouissent à présent les travailleurs vénézuéliens.

Les indemnités auxquelles aura droit le travailleurlors de la fin ou lors de la rupture d’un contrat seront calculées en fonction du dernier salaire. Le travailleur y a droit de manière immédiate, tout retard dans le paiement entraînant des intérêts supplémentaires à lui verser. Ce calcul d’indemnités a un effet rétroactif à partir de de juin 1997, date à laquelle le gouvernement néo-libéral de Rafael Caldera et de Teodoro Petkoff avait modifié la loi au détriment des travailleurs. A présent le patron devra verser pour chaque trimestre et à chaque travailleur une somme équivalant à 15 jours de salaire. (Art. 141 y 142).

DAVANTAGE DE BÉNÉFICES NON SALARIAUX. La loi crée des avantages nouveaux (non décomptables des cotisations et des épargnes déjà établies en faveur des travailleurs) : notamment le remboursement de soins médicaux, l’octroi de bourses ou le financement de formations, de spécialisations. (Art. 105)

SANTÉ ET ÉDUCATION GRATUITES PROTÈGENT LE REVENU DU TRAVAILLEUR. (Art. 97)

DURÉE DU TRAVAIL. La durée du travail qui était jusqu’ici de 44 heures (ce qui obligeait à travailler les samedis) se réduit à 40 heures hebdomadaires (Art. 173). L’idée est d’avancer progressivement vers plus de temps libre (Art. 174)

SIX MOIS DE CONGÉ PRÉ- ET POST-NATAL (six semaines avant l’accouchement et vingt semaines ensuite) (Art. 336 y 338). Les pères auront droit de leur côté à quatorze jours de congé à partir de la naissance de leur enfant (Art. 339). Les parents sont désormais protégés contre toute forme de licenciement durant deux années à partir de l’accouchement. La loi prévoit des avantages semblables en cas d’adoption. L’idée est de permettre à l’enfant d’être mieux accueilli, mieux entouré affectivement par ses parents . Des repos quotidiens sont prévus pour l’allaitement des nourrissons (Art. 335-330-345)

LA SOUS-TRAITANCE DU TRAVAIL EST INTERDITE. Cette pratique s’était étendue à toute l’Amérique latine depuis les années 90 avec la néo-libéralisation du continent. On estime qu’au Venezuela 1 million 200 mille travailleurs en sont victimes.

RETOUR DE LA DOUBLE INDEMNISATION, comme l’avait annoncé le président Hugo Chávez peu avant la promulgation de la loi. Ce mécanisme vise à sanctionner le patron qui effectue un licenciement injustifié, et à compenser la perte de l’emploi pour le travailleur en doublant ses indemnités de licenciement (Art. 92)

LE PATRON PAIERA PLUS S’IL LICENCIE. Tandis qu’en Europe les politiques d’ajustement visent à rendre les licenciement moins chers pour le patronat, au Venezuela la nouvelle loi en élève le coût pour le patron (Art. 92)

QUINZE JOURS D’INDEMNITÉS DE VACANCES, c’est ce que devra payer à présent le patron au travailleur en plus du salaire normal (Art 192).

PLUS DE JOURS FÉRIÉS. La nouvelle loi prévoit quatre jours fériés de plus en faveur des travailleurs (Art. 184).

VACANCES OBLIGATOIRES. Le travailleur devra jouir de ses vacances de manière effective et obligatoire (Art 197).

LE CALCUL DES DIVIDENDES ET AUTRES BÉNÉFICES DE FIN D’ANNÉE DÛS AU TRAVAILLEUR se fera a présent sur la base de trente jours au lieu de quinze. La fourchette va donc à présent de trente jours minimum à quatre mois maximum de salaires (Art. 131-132). Les organisations syndicales pourront aussi inspecter les comptes de l’entreprise pour déterminer si ce qui est versé aux travailleurs reflète bien la réalité des bénéfices de l’entreprise (Art. 133-138)

Sanctions légales contre les patrons délinquants, avec DE POSSIBLES PEINES D’EMPRISONNEMENT. Nouveauté introduite par la loi, la détention comme mécanisme de sanction en cas d’infraction à la loi par un patron. Exemples d’infractions: le refus de réembaucher un travailleur, la violation du droit de grève, le refus d’appliquer ou l’obstruction aux actes des autorités du Travail. Ces infractions seront sanctionnées par une mesure de détention de six à quinze mois. (Art. 512, 538)

LA FERMETURE D’UN CENTRE DE TRAVAIL sera également cause d’une mesure de détention qui peut aller de six à quinze mois selon le verdict des organes juridiques compétents de la République. Toute récidive est punie d’une peine augmentée (Art. 539-540)

TRAVAILLEURS FIXES DÈS LE PREMIER MOIS. Les travailleurs de durée indéterminée (comme de durée déterminée, ou à la tâche) seront considérés comme fixes par la loi dès le premier mois et non à partir de trois mois (en fin de période d’essai) comme auparavant. Dans la loi antérieure le patron pouvait rompre le contrat en payant simplement la valeur de celui-ci au travailleur ou en s’appuyant sur les causes de licenciement (Art. 87).

ENTREPRISES SOUS CONTRÔLE OUVRIER : c’est le mécanisme établi par la loi pour faire face à la fermeture illégale ou frauduleuse d’entreprises et de centres de travail. Si le patron ne se soumet pas à l’ordonnance de reprise des activités productives, le Ministère du travail réunira les travailleurs pour former une instance d’administration et réactiver la production. Dans ce Conseil d’Administration Spécial est prévue la participation du patron. Si celui-ci s’y refuse, le contrôle revient totalement aux travailleurs. La loi prévoit la possibilité que l’État offre son assistance technique et participe à la gestion à travers les ministères compétents (Art. 149)

CE N’EST QU’APRÈS LE PAIEMENT DES TRAVAILLEURS et quand ceux-ci s’estiment pleinement satisfaits que les tribunaux peuvent désormais procéder à la déclaration de faillites. Le paiement des salaires est prioritaire par rapport à tout autre engagement de l’entreprise. (Art. 150-151)

CONTRE LE HARCÈLEMENT MORAL AU TRAVAIL ET SEXUEL. La loi interdit tout autant ce harcèlement au travail que sexuel et établit les sanctions. Elle définit le harcèlement au travail comme la pression constante et la conduite abusive exercée par le patron ou ses représentants ou un travailleur portant atteinte à la dignité ou à l’intégrité bio-psycho-sociale d’un travailleur. Le harcèlement sexuel est défini comme l’imposition d’une conduite sexuelle non désirée et non demandée, exercée de manière isolée ou de manière répétée par le patron ou ses représentants contre le travailleur. La norme légale établit à présent que l’État, les travailleurs, leurs organisations sociales, les patrons sont dans l’obligation de promouvoir des actions qui garantissent la prévention, l’enquête, la sanction, ainsi que la diffusion, le traitement, le suivi et l’appui aux dénonciations de harcèlement. (Art. 164-166)

Signature de la loi par Chavez: “Justicia social !”. 30 avril 2012.
http://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

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Re: Venezuela ...

Message  Loatse le Ven 4 Mai - 23:42

L'interdiction de la sous traitance du travail ????

En france une loi similaire signifierait l'arrêt de mort de centaines d'entreprises qui vivent de la sous traitance, notamment dans l'industrie automobile...

Chez nous également, si un employé ne recoit pas sa dernière paye avant déclaration de faillite, c'est le syndic qui s'en occupe notamment en récupérant la somme due sur la vente du matériel de l'entreprise et la récupération de créances impayées mais cela ne fait pas obstacle à la procédure...

Imagine un chef d'entreprise qui justement se déclare en liquidation du fait de gros impayés qu'il n'arrive pas à récupérer... sa trésorerie avoisine le néant et pourtant charges et factures arrivent... il fait comment ???? Il mouline du vide ???

Suspect

Bien entendu il faut encadrer le travail...cela existe des patrons filous, des patrons voyous.. mais il y a aussi des quantités de chefs d'entreprise qui se saignent aux quatres veines pour faire survivre leur entreprise et garder leurs employés quand la situation n'est pas florissante...

Une anecdote : Un jour un ouvrier à qui je confiais que j'avais été chef d'entreprise jadis, me répondit tout de go : les patrons ? tous des salauds !!!! Rolling Eyes

Donc je préfère que l'on tienne compte à la fois de l'intérêt du salarié et de l'intérêt de l'entreprise.. l'un ne devrait pas aller sans l'autre... un patron de pme pmi, c'est aussi (la plupart du temps), une personne qui bosse 60 heures par semaine, qui ne compte pas ses heures, qui prend des risques sans parachute.. bref tout ceci il faudrait pitêtre que ca rentre dans la tête de ceux qui pensent que l'argent rentre tout seul....




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Re: Venezuela ...

Message  Non2 le Sam 5 Mai - 1:48

Loatse a écrit:L'interdiction de la sous traitance du travail ????

En france une loi similaire signifierait l'arrêt de mort de centaines d'entreprises qui vivent de la sous traitance, notamment dans l'industrie automobile...
Que nenni ! Ce serait surtout plus de chances de contrats de travail plus sûrs, d'une meilleure rémunération, de meilleures conditions de travail, etc.

La sous-traitance est utilisée pour garantir au patronat des coûts de production moins élevés, ce qui ne se fait pas sans casse sociale, sous-statuts, multiplication des conventions collectives au rabais, etc.

Ça impliquerait probablement un retour de l'inflation, mais qui, si elle est maîtrisée par la réglementation (pas par le capital, par l'état), ne nuira pas au salariat (indexé), mais bien aux accapareurs, aux entasseurs de magot.

Loatse a écrit:Chez nous également, si un employé ne recoit pas sa dernière paye avant déclaration de faillite, c'est le syndic qui s'en occupe notamment en récupérant la somme due sur la vente du matériel de l'entreprise et la récupération de créances impayées mais cela ne fait pas obstacle à la procédure...
N'oublie pas qu'ils sortent à peine d'une situation bien pire que la nôtre, où les travailleurs n'avaient quasiment aucun droit.

Loatse a écrit:Imagine un chef d'entreprise qui justement se déclare en liquidation du fait de gros impayés qu'il n'arrive pas à récupérer... sa trésorerie avoisine le néant et pourtant charges et factures arrivent... il fait comment ???? Il mouline du vide ???
Ça ne peut qu'inciter les patrons à ne pas laisser courir l'endettement, ce qui provoquera une économie plus saine (des entreprises comme de l'état), et sera profitable à tous à moyen terme.

Il est probable que certains petits malins essayeront d'en profiter pour casser l'économie du pays, mais ce sera à leurs risques et périls. Non seulement des peines de prison sont prévues (et un juge sera capable de différencier le petit patron en difficulté du patron-voyou à la solde des multinationales ou de gouvernements étrangers), mais il restera à l'état la possibilité de racheter l'entreprise pour la sauver, ce qui s'est déjà fait par exemple dans une société d'exploitation du cacao (dans ce cas précis, l'entreprise avait été prise en main par le personnel sous forme de coopérative, et leur avait été revendue par un prêt à très faible taux d'intérêt). Contre les grosses boîtes plus suspectes, il reste aussi la nationalisation pure et simple, comme il l'a déjà fait avec des banques.

Loatse a écrit:Bien entendu il faut encadrer le travail...cela existe des patrons filous, des patrons voyous.. mais il y a aussi des quantités de chefs d'entreprise qui se saignent aux quatres veines pour faire survivre leur entreprise et garder leurs employés quand la situation n'est pas florissante...
Ceux-là ne sont pas visés, justement. Ils disposent depuis quelques années de possibilités légales de s'en sortir à moindre frais. Ils peuvent organiser un audit interne, réalisé en collaboration avec les travailleurs et éventuellement les responsables de leur région (villes, quartiers, villages, communautés, etc.) qui leur permettent des prêts d'état à taux très bas (plutôt que ceux des banques à taux usuraires), des facilités de payements, etc.

Loatse a écrit:Une anecdote : Un jour un ouvrier à qui je confiais que j'avais été chef d'entreprise jadis, me répondit tout de go : les patrons ? tous des salauds !!!! Rolling Eyes

Donc je préfère que l'on tienne compte à la fois de l'intérêt du salarié et de l'intérêt de l'entreprise.. l'un ne devrait pas aller sans l'autre... un patron de pme pmi, c'est aussi (la plupart du temps), une personne qui bosse 60 heures par semaine, qui ne compte pas ses heures, qui prend des risques sans parachute.. bref tout ceci il faudrait pitêtre que ca rentre dans la tête de ceux qui pensent que l'argent rentre tout seul....
Ton raisonnement tient dans une société à fondement capitalistique, où entrepreneuriat n'est basé que sur le profit. La société que le Vénézuéla met en place met la prime importance sur l'importance sociétale (intégrée à la société dans son ensemble) des entreprises. Il n'y a pas négation de la notion de profit, mais une importance plus grande liée au meilleur partage des richesses produites.

L'évolution de l'entrepreneuriat en Europe est bien expliqué dans cet article. Chavez a une idée de la société (commerce ou entreprise) qui est bien plus ancrée dans la société (civile) en plaçant l'humain au dessus du profit. Wink

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Re: Venezuela ...

Message  Non2 le Ven 11 Mai - 10:42

Au Venezuela, une campagne présidentielle en suspens
Romain MIGUS, le 11 mai 2012

"Au revoir, peuple vénézuélien, je m’en vais à La Havane. Je reviens dans quelques jours", déclarait le président Chávez depuis l’aéroport international de Maiquetía, situé en banlieue de Caracas. Il annonçait ainsi à ses compatriotes un nouveau cycle de radiothérapie, tout en rassurant ses partisans : "Tous les signes vitaux réagissent bien. Grâce à l’amour que me donne le peuple, je continue la lutte".

Lors de son avant-dernier déplacement à Cuba, des manifestations de masse s’étaient déroulées dans toutes les régions du pays pour lui souhaiter un prompt rétablissement. La campagne électorale débutant officiellement début juillet, soit trois mois avant l’élection, elles ont aussi permis aux militants du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) de faire une première démonstration de force.

La santé du président vénézuélien a fait couler beaucoup d´encre dans la presse nationale et internationale. Sera-t-il ou non candidat ? Le PSUV aurait-il un plan B ?

Lorsque Chávez a annoncé son cancer le 30 juin 2011, la nouvelle a provoqué une onde de choc. On avait beau citer les précédents historiques de François Mitterrand, de Fernando Lugo ou de Dilma Rousseff qui, malgré cette maladie, ont continué d´exercer le pouvoir, la blessure n’en était pas moins profonde. Car Hugo Chávez a rappelé une évidence que ses partisans avaient quelque peu oubliée : il est un être humain, et comme tout être humain, il est mortel.

Sa maladie a indirectement ravivé la peur de la disparition du processus révolutionnaire bolivarien, au cas où le président devait abandonner le pouvoir. En réalité, la conscience politique et la capacité d´organisation acquises par le peuple empêcheraient certainement un réel retour en arrière. Même si l’évolution du cancer du Président est un secret d´Etat bien gardé, les dirigeants du PSUV ont maintes fois réaffirmé que Chávez serait candidat à l´élection présidentielle, propos plusieurs fois confirmés par l´intéressé. Son énergie légendaire semble intacte et rien ne permet de dire qu´il ne briguerait pas sa propre succession.

En face, le camp de la droite peine à démarrer sa campagne. Le candidat Henrique Capriles Radonski ne décolle pas dans les sondages. Les derniers publiés indiquent que Hugo Chávez disposerait d´une marge d´intentions de vote se situant entre 13 % et 33 % au-dessus du score de Capriles [1]. Le chef de l´Etat, sans faire campagne, dispose donc d´une large avance. L´opposition paie ainsi sa stratégie de focalisation sur sa personne, menée sans discontinuer depuis une décennie. En le rendant responsable de tous les maux politiques, économiques et sociaux de l´histoire récente du Venezuela, la droite a ainsi largement contribué à la personnalisation du jeu politique.

Prenant conscience de cette erreur, l´opposition tente aujourd´hui de retourner cette situation en attaquant le président de manière indirecte. Henrique Capriles Radonski ne prononce jamais son nom, mais parle du « candidat du PSUV ». Cependant, cette tactique ne semble pas porter ses fruits et les électeurs vénézuéliens ne s´y trompent pas. L´élection présidentielle du 7 octobre prochain sera encore un référendum pour ou contre Hugo Chávez. Plus le Président commencera sa campagne tard, et plus le candidat de l’opposition stagnera dans les enquêtes d’opinion.

Face à cette situation, la Mesa de Unidad Democratica (MUD), qui regroupe les partis et organisations soutenant Capriles, a opté pour une offensive médiatique. Son but : créer un choc psychologique dans la population et en faire porter la responsabilité au gouvernement en place. Ainsi, le 14 mars dernier, Henrique Salas Feo, gouverneur de l´Etat de Carabobo, dénonçait la contamination de réserves d´eau et accusait le gouvernement de laxisme et de mauvaise gestion de cette ressource naturelle. Propagée par les médias privés, cette rumeur n´avait pourtant aucun fondement.

Que le gouverneur d´un Etat fédéré ait préféré organiser un one-man-show, plutôt que de saisir les tribunaux compétents, devrait poser des questions sur l´authenticité de ses propos. Il faut rappeler que, dans les grandes villes du Venezuela, personne ne consomme l´eau du robinet sans au préalable la filtrer ou la faire bouillir. Beaucoup d’habitants consomment directement de l´eau minérale. De plus, pour ne pas gêner les affaires de Polar, l´entreprise agroalimentaire privée la plus importante du pays, le gouverneur de Carabobo a sciemment omis de préciser que cette même eau était utilisée pour la production de sodas et de bière, dont les Vénézuéliens sont de grands consommateurs.

Dans le même registre, une affaire politico-judiciaire a enflammé la rhétorique de l´opposition. Tout a débuté par la mise en examen d´un haut magistrat vénézuélien, Eladio Aponte Aponte, pour complicité dans une affaire de trafic de drogue. Ce dernier a immédiatement fui à Miami grâce á l´aide de la Drug Enforcement Administration (DEA), l´agence antidrogue étatsunienne. A peine arrivé dans le bastion de l´extrême-droite latino-américaine, Eladio Aponte donna une conférence de presse pour dénoncer la « corruption » du système judiciaire vénézuélien et sa « soumission au pouvoir exécutif ».

Ce genre de déclaration s´apparente fort à un renvoi d´ascenseur à ceux qui lui ont permis d´éviter d´être incarcéré par la justice vénézuélienne. L´opposition a vu dans ces opportunes déclarations un moyen d´attaquer le gouvernement bolivarien et Hugo Chávez. Pour elle, peu importe que le pouvoir judiciaire ait ouvert une enquête contre le magistrat : ces attaques, qui vont sans aucun doute aller en s’intensifiant, lui permettent surtout de ne pas exposer aux électeurs le contenu de son programme ultralibéral. Nous reviendrons sur ce programme dans une prochaine chronique.

[1] Rappelons qu´au Venezuela, l´élection présidentielle est uninominale majoritaire à un tour.
http://www.medelu.org/Au-Venezuela-une-campagne

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