LES TEMPLES DE LA CONSOMMATION...

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LES TEMPLES DE LA CONSOMMATION...

Message  Loatse le Dim 15 Avr - 1:33



Une promenade au coeur de Toulon, par un samedi après midi ensoleillé dans ce quartier qui jouxte le port et que l'on appele "le vieux chicago" ... les rues étroites ont été rénovées mais les veilles maisons sont toujours là, pour certaines la facade délavée, les escaliers intérieurs tout de guinguois.. les rampes d'origine patinées par les nombreuses mains qui s'y sont cramponnées, les marches recouvertes de tomette rouge affaissées par les ans..

Un léger mistral parcourt les ruelles, ce qui n'incommode nullement le promeneur varois habitué à cette spécificité régionale...

Je ne m'étais jamais vraiement attardée dans ce quartier, toujours pressée par le temps, les obligations diverses qui me le faisait plutôt traverser au pas de charge vers ma destination Smile

Ce jour là, je reçu un choc... rue après rue, les commerces se succédaient, brillant de mille feux en plein jour sous les multiples lampes au néon qui, de l'enseigne au fin fond du magasin, attiraient le chaland comme du miel une abeille...

Je croyais naivement avant ma plongée dans ces ruelles, y découvrir quelque antique magasin ou tout du moins une certaine diversité de commerces... Grande fut ma déception lorsque je constatai qu'il n'en était rien...

Des dizaines de magasins de chaussures dans lesquelles une foule excitée se bousculait (nous étions en période de soldes), puis sans transition aucune des boutiques de vêtements, alignées elles aussi les unes à côté des autres...

De boulangerie, de boucherie, de mercier, de quincailler, de serrurier ; Point !... disparues !

Disparu également, les comptoirs de bois cirés... Sous le néon ; le plastique, le verre, le carrelage blanc cassé dominent... de grandes baies vitrées font que l'on ne sait plus trop si l'on se trouve dans la rue ou dans le magasin...

Autours de moi s'agite la foule ; on se bouscule, on s'interpelle.. Une foule qui m'est étrangère, les femmes toutes vêtues des nouveautés de la saison telles des clônes. Je croise des dizaines de silhouettes toutes semblables que je serai bien en peine de distinguer dans leurs manteaux courts ceinturés et leurs bottes à la bordure fourrée...

Impression d'être une extra terrestre dans mes basiques dont la seule chose que je leur demande est de durer... je croise quelques unes de mes semblables, nous nous reconnaissons immédiatement à notre air égaré...

Mes pas me mènent vers le port ou je m'assied sur un banc, épuisée, moi la marcheuse, d'avoir fait du sur place quand la masse de promeneur bouchonnait...

Mes pensées elles, me ramène vers une époque disparue.. lorsque j'accompagnais enfant ma grand mère faire ses achats... souvenirs olfactifs qui refluent se mêlant à l'air iodée du bord de mer..

je redeviens l'espace d'un instant la petite fille qui s'émerveillait devant les minuscules tiroirs des meubles de la mercière... les uns contenant des bobines de fils de toutes les couleurs, les autres des centaines de boutons...

Il y avait également cette librairie tenue par une très vieille dame dont je me demandais comment celle-ci pouvait grimper à l'échelle lorsqu'un client lui demandait un livre se trouvant dans les rayonnages supérieurs. Le parfum de cire d'abeille dominait celui du papier... le temps s'arrêtait dés que l'on en franchissait le seuil...

je revois comme si j'y étais le crémier de la place maubert, couper au fil à beurre un morceau d'or tendre dans une motte qui me mettait l'eau à la bouche... le boucher charcutier chevalin me tendre une épaisse rondelle de saucisson que je mangeais volontiers (jusqu'à ce que je comprenne la signification de chevalin pale )....

C'était un temps comme il n'en existe plus, un temps ou l'on ne faisait pas les boutiques pour se distraire, parce que l'ennui vous prend et qu'il faut bien les occuper ces "week end" mais parce que la paire de chaussures ou le manteau quasi inusables était devenu trop petits...

Dans les écoles et collèges nous ne nous soucions pas de connaitre la marque (on disait l'étiquette) de nos vêtements, peu de nos parents possèdaient le téléphone ; à peine avait on sacrifié au modernisme en achetant l'un de ces gros postes de télévision en noir et blanc qui ne diffusaient leurs programmes qu'à dose homéopathique..

Tout n'était pas rose, loin de là, mais il y avait encore une forme de sagesse dans ce mode de vie aujourd'hui disparu.. Il contenait en germes l'espoir d'un avenir meilleur pour l'humanité grâce à ce progrès qui déjà changeait nos vies..

Ce qu'on a pas vu venir, sans doute par excès d'optimisme, c'est ce qui bouffe nos sociétés aujourd'hui ; le matérialisme dans sa forme la plus outrancière... l'ultra libéralisme qui broient les individus et in fine les nations....

Et pourtant il y avait plusieurs voies qui se présentaient devant nous...

Saurons nous retrouver notre chemin ?








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